The Friendly Distortion (Guitare Mag 2000)

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Note: This is a provisional transcription, entirely done by machine. I have not been able to check the transcription against the original. Below, you will find a provisional machine translation. The English version should in no way be read as verbatim quotes by Allan.

Original French version

The Friendly Distortion

Guitarre Mag 2000

Il voulait un sax, il a eu une guitare. Il déteste la distorsion, pourtant, il est obligé de s'en servir. Il hait le music-business, mais il doit bien faire avec. Il est l'un des grands génies du jazz électrique, mais il n'y croit pas une seconde. Ladies & gentlemen : mister Allan Holdsworth !!!

Le passage dans le nouveau millénaire n'aura visiblement pas perturbé le virtuose anglais. Il faut dire que cet extraterrestre de la six-cordes a la tête dans le cosmos depuis les mid-seventies. Cet acteur primordial de la scène de Canterbury exposait alors les bases de son jeu futuriste au sein de Gong et autres Soft Machine. Allan, c'est le grand patron incontesté de la six-cordes. Il les a tous à sa botte. Vernon Reid admire son talent, Steve Vai et Satriani jalousent sa technique incommensurable, et Van Halen himself ne loupe jamais un de ses gigs quand l'artiste est de passage à L.A. Pourtant, l'Anglais reste impassible et poursuit sa route tranquillement, achevant ses albums avec une passion inaltérée. Des disques, il n'en vend pas des millions. Holdsworth, vous le constaterez au cours de cette interview, n'est pas un homme de compromis, et seul lui importe l'aboutissement de son art. Saxophoniste frustré, il s'est retrouvé avec une guitare entre les pognes et c'est bien ce qui le rend si passionnant. Allan a réussi le challenge de transposer l'expressivité extrême du biniou de John Coltrane sur sa guitare électrique branchée dans un Marshall. Son univers musical (pourtant si riche et majestueux) reste l'un des plus controversés chez les puristes du jaaazz. L'homme était à Paris pour promouvoir son dernier chef-d'œuvre "The Sixteen Men Of Tain".

Q : Pourquoi refusez-vous systématiquement de donner des master classes ?

AH : J'ai des raisons qui sont très personnelles. Apprendre aux autres, c'est une grosse responsabilité. Et puis je ne crois pas du tout à cette notion d'école de musique, le GIT, Berklee et consorts. Pour moi, c'est de l'arnaque. Mais ne vous méprenez pas, ce n'est pas un refus de ma part d'aider les autres. Je pense les aider davantage en ne leur montrant rien du tout (rires). J'aimerais voir les jeunes apprentis guitaristes utiliser leurs oreilles et leur imagination pour construire une façon de jouer personnelle. Je ne crois pas non plus aux plans. Quand vous jouez un plan appris par cœur dans une revue, vous ne faites que de la redite, et cela ne mène nulle part, c'est antimusical. Soyez tout simplement vous-mêmes.

Q : Pourtant, vous êtes allé au GIT avec Eddie Van Halen pour parler avec les étudiants ?

AH : En fait, nous n'avons pas abordé cette manifestation comme un clinic. Nous avons tout simplement joué pour les élèves comme nous l'aurions fait dans un club. Certains organisateurs me réclament des clinics. Parfois, le clinic est même une obligation pour pouvoir donner un concert. Mais avec moi, ils frappent à la mauvaise porte. À la limite, je veux bien discuter avec les gens, échanger des idées, parler de la façon dont nous ressentons la musique, cela peut être informatif et intéressant. Mais je ne me livre à aucune démonstration. J'ai fait une vidéo il y a quelques années. C'est aussi frustrant que de devoir résumer un gros livre en deux minutes. J'y montre juste quelques modes basiques pour aborder l'improvisation.

Q : Votre jeu est si complexe. Vous avez vraiment tout appris seul ?

AH : Le seul prof que j'ai eu est mon père qui jouait du piano. Une grande partie de mon inspiration vient des disques qu'il passait à la maison. Il ne jouait pas très bien de la guitare mais avait de larges connaissances harmoniques, ce qui m'a beaucoup aidé dans un sens : le voir jouer de la bonne musique avec peu de technique sur l'instrument. Bref, grâce à lui, j'ai découvert mon propre système musical, par accident.

Q : Au début, vous vouliez être saxophoniste...

AH : Oui, c'est vrai, mais mes parents n'étaient pas riches, et ne pouvaient pas se permettre d'acheter un sax. Dès que j'ai commencé à écouter de la musique, j'ai été frappé par cette sensation bizarre que me donnait envie de pleurer ou de rire à chaque fois que je mettais un disque. Ce fut pour moi une expérience très profonde. Bien avant d'apprendre à lire, je me droguais à la musique, je n'en écoutais jamais assez. D'ailleurs, je ne pensais pas encore devenir musicien ni avoir un quelconque don pour cela. J'étais juste un amoureux de musique. À partir de là, mon père a essayé de m'intéresser au piano, mais je ne voulais pas de cet instrument. J'aime écouter le piano, mais je suis pas à l'aise avec ce toucher percussif. J'ai besoin de tordre les notes, de les caresser, de les faire vibrer, comme un cuivre ou un violon. Je voulais un sax. Finalement, il m'a trouvé une vieille guitare acoustique très cheap. Mais c'était comme le piano : je jouais une note et elle mourait aussitôt. Je n'ai rien fait jusqu'à mes 16 ans. Là, j'ai mis la main sur un recueil de gammes et d'accords, et j'ai commencé à bidouiller. Rapidement, j'ai ressenti une profonde attirance pour les accords dominants qui offrent de nombreuses possibilités. J'ai aussi constaté que deux accords différents correspondaient parfois à la même position sur la guitare, aux mêmes notes. J'ai commencé à construire mon système en regroupant les accords par familles de sons, de couleurs. Cet accord est rouge, et celui-là est bleu. Si on me demande de jouer un A Maj7, je jouerais peut-être un voicing bizarroïde de Bm7. Mais la sonorité sera bonne et diatoniquement correcte. Du moment qu'on entend la tonique, ce sera correct. Ensuite, j'ai appris toutes les gammes, pour avoir un maximum de possibilités. J'ai considéré le manche comme un graphique mathématique pour répertorier les modes sous forme de nombres. Une fois que j'ai eu assimilé toutes les permutations, j'ai choisi celles qui me serviraient vraiment, par rapport à leur potentiel harmonique. Et vu le nombre infini de possibilités, j'ai su que j'aurais de quoi apprendre toute ma vie.

Q : Mais votre univers musical ne se résume quand même pas à cela.

AH : Non, heureusement. C'est juste une sécurité, et quelque chose qui me permet de comprendre la musique. Mais lorsque je compose ou que je joue, il n'y a qu'une seule chose qui compte : ce que je ressens. Je fais ce que me dicte mon cœur.

Q : Avez-vous essayé d'imiter le phrasé des saxophonistes ?

AH : Pas de façon délibérée. Cela se passait dans mon subconscient. J'ai toujours essayé de jouer de façon coulée en articulant les notes et en évitant le jeu percussif. J'aime la percussion, mais au bout d'un moment j'ai besoin de lyrisme. Je suis comme ça. La musique que j'entends est presque liquide. Pour cela, j'ai travaillé très dur le jeu en legato. Mon but était que mes notes en hammer sonnent de façon plus puissante que celles attaquées avec le médiator. Maintenant je peux jouer avec ces deux techniques. Je les mélange et il est presque impossible de dire ce qui est attaqué et ce qui ne l'est pas. Mon legato est si puissant que je peux jouer une phrase en hammer avec uniquement la main gauche qui sonnera presque attaquée. Et j'ai à ma disposition toutes les nuances intermédiaires.

Q : Certaines de vos notes n'ont pas d'attaque, vous faites ça à la pédale de volume ?

AH : Non, je fais cet effet avec mes doigts. J'utilise une pédale de volume pour le jeu en accords afin de créer des effets de nappe, mais jamais en solo.

Q : Comment obtenez-vous cet overdrive extrêmement doux ?

AH : (Rires) C'est très difficile. Le truc, c'est qu'à la base je déteste la distorsion, mais c'est le seul moyen pour moi d'obtenir du sustain. C'est un vrai drame. Le dilemme est le suivant : il me faut suffisamment de gain pour pouvoir utiliser la guitare de manière expressive avec des notes plus longues, mais pas au point de tomber dans le versant métallique de la chose. Si je pousse trop le gain, mon jeu devient presque ridicule. C'est un équilibre très précis à trouver. J'essaie de rendre la distorsion "amicale". Par exemple, je déteste les power-chords. Ou alors j'en joue pour délirer comme dans le morceau Wardenclyffe Tower. En plus, j'utilise une guitare baryton, ce qui produit ce son très bas et presque industriel. En fait, ce titre fait référence à une tour génératrice de puissance. Mais la musique évolue par la suite, et heureusement...

Q : Vous n'aimez pas la distorsion par réaction envers le rock'n'roll ?

AH : Non. Pas du tout. C'est juste que je n'aime pas cette sonorité. Je mène un combat quotidien pour améliorer ma technique, pour apprendre à muter les cordes de façon plus efficace, pour rendre mon jeu le plus propre et le plus intelligible possible. Je ne veux rien entendre entre les notes. Les bruits intempestifs dûs à la distorsion m'exaspèrent au plus haut point. C'est très long d'apprendre à contrôler cette sonorité. Le pire, c'est dans les contextes acoustiques. Pour "The Sixteen Men Of Tain", ce fut un gros challenge d'arriver à me fondre dans le son du groupe de façon naturelle. Je suis assez satisfait du résultat qui est plutôt original. Pour ce qui est du rock, j'apprécie des gens comme Beck ou Hendrix. En fait, j'avais d'abord flashé sur Django et Charlie Christian, mais ils étaient trop bons pour que je les imite. Avec Clapton, c'était nettement plus facile (rires).

Q : Comment obtenez-vous cette distorsion ?

AH : Uniquement avec des amplis. Les pédales produisent une overdrive vraiment laide et antimusical. C'est raide comme si l'onde était carrée. J'utilise éventuellement une pédale de boost pour relever un peu le son de l'ampli. Rien ne remplace une bonne tête d'ampli. Je me suis fabriqué un boîtier que j'ai baptisé "load box". La sortie haut-parleur est reliée à cette boîte. Le signal passe ensuite dans un power-amp modulator et puis va dans un autre ampli de puissance très clean qui me permet de moduler le volume pour jouer très bas. Enfin, ce chaînage attaque les baffles. J'ai pour habitude d'utiliser une tête Dual Rectifier Mesa/Boogie, mais pour ce disque, j'ai eu recours à un préampli custom japonais, le DJ80. J'en branche deux pour jouer en stéréo. Cet ampli est à transistors et comprend un circuit numérique. L'avantage de ce matériel, c'est que je n'ai plus besoin de brancher ma "load box".

Q : Vous ne regrettez pas la chaleur des lampes ?

AH : Ma philosophie, c'est qu'il n'existe que de bons et de mauvais amplis. J'ai entendu de très bons amplis à lampes et d'autres qui étaient exécrables. Je n'ai aucun préjugé sur les amplis à transistors. Ce qui m'importe, c'est d'obtenir le son que je veux entendre.

Q : Vous écoutez toujours beaucoup de musique ?

AH : Pratiquement plus. Je sors voir des concerts, mais je n'achète plus de disques. Ces dernières années, je ressens quelque chose de bizarre. Je réalise que j'ai déjà perdu beaucoup de temps et qu'il faut que je me focalise uniquement sur ma musique. Je ne suis plus tout jeune, et certains de mes amis sont morts, comme Tony Williams qui avait encore tant à apporter. Cela m'a fait réfléchir. Alors je pense que je n'ai plus de temps à perdre en écoutant des tonnes de musique, car ma tête en est pleine. Plus jeune, j'étais comme une éponge, absorbant tout ce que j'écoutais. J'ai envie désormais de travailler davantage, d'enregistrer plus de disques et de mieux les promouvoir.

Q : Vous êtes un bon pote d'Eddie Van Halen. Que pensez-vous de son jeu ?

AH : J'adore. Ed est un super guitariste de rock'n'roll, très organique, très chaud. Il fait partie de ces musiciens naturels qui obtiennent toujours un très beau son. Je pense que dans sa catégorie, il n'a jamais été dépassé.

Q : Vous n'avez jamais imaginé de projet commun ?

AH : Non. C'est vraiment un très chic type. Il a tout fait pour m'aider. Il a invité le vice-président de Warner Bros à l'un de mes concerts. Et j'ai été signé. Vous imaginez ? Ce type m'a obtenu un contrat c...hez Warner ! C'est une attitude très généreuse. Mais le rêve s'est vite transformé en cauchemar. Les gens de Warner voulaient m'obliger à faire des concessions que je ne voulais pas faire. Ted Templeman (le vice-président en question NDR) n'aimait pas Paul Williams (?????), l'un des membres de mon groupe. Il voulait bien n'importe qui, mais pas lui. J'ai eu ce mec au bout du fil qui m'a tenu le discours le plus absurde qu'il m'ait été donné d'entendre, jugeant la performance d'un musicien par téléphone. De la part d'un soi-disant grand producteur, c'est grave. Je n'ai pas eu mon mot à dire pour le mixage. Templeman donnait ses instructions à l'ingénieur. Cela m'a profondément énervé. J'ai refait le mix avec les pistes de Paul Williams comme je l'entendais. Quand Templeman a entendu les bandes, il m'a dit : « Toi, tu es viré » (rires). Mais ce n'est pas la faute d'Eddie, je...

Q : Vous pourriez vendre vos disques vous-même sur Internet.

AH : Oui, je pourrais. Mais vous savez, cette histoire d'Internet à tendance à me saouler. Je crois que ce truc est très surestimé par les gens. Je ne vois rien de positif là-dedans, et je crois même que c'est un outil dangereux et mauvais. Je n'ai même pas d'ordinateur à la maison, alors je ne risque pas d'acheter un disque sur le web ! (rires). Je préfère aller chez mon petit disquaire farfouiller dans les bacs. Beaucoup de musiciens aiment ça.

Q : Pourtant, c'est un moyen pour les petits musiciens de vendre leur musique sans se faire arnaquer par les majors.

AH : Oui, peut-être. Pour moi, c'est le dernier truc en vogue comme le vidéo-clip il y a quelques années. C'est juste un moyen pour le monde du show-business de faire encore plus de blé.

Machine translated version in English

The Friendly Distortion

Guitare Mag 2000

He wanted a sax, but he got a guitar. He hates distortion, yet he is forced to use it. He hates the music business, but he has to make do with it. He is one of the great geniuses of electric jazz, but he doesn't believe it for a second. Ladies & gentlemen: mister Allan Holdsworth!!!

The transition into the new millennium clearly hasn't bothered the English virtuoso. It has to be said that this six-string extraterrestrial has had his head in the cosmos since the mid-seventies. This primary player of the Canterbury scene was then laying down the foundations of his futuristic playing within Gong and other Soft Machine. Allan is the undisputed big boss of the six-string. He has them all at his beck and call. Vernon Reid admires his talent, Steve Vai and Satriani envy his incommensurable technique, and Van Halen himself never misses one of his gigs when the artist is passing through L.A. Yet the Englishman remains impassive and quietly continues on his way, finishing his albums with unaltered passion. He doesn't sell millions of records. Holdsworth, as you will see during this interview, is not a man of compromise, and only the realization of his art matters to him. A frustrated saxophonist, he ended up with a guitar in his hands, and that is precisely what makes him so fascinating. Allan succeeded in the challenge of transposing the extreme expressiveness of John Coltrane's pipes onto his electric guitar plugged into a Marshall. His musical universe (yet so rich and majestic) remains one of the most controversial among jazz purists. The man was in Paris to promote his latest masterpiece "The Sixteen Men Of Tain".

Q: Why do you systematically refuse to give master classes?

AH: I have very personal reasons. Teaching others is a big responsibility. And then I don't believe at all in this notion of music school, the GIT, Berklee and company. For me, it's a rip-off. But don't get me wrong, it's not a refusal on my part to help others. I think I help them more by showing them nothing at all (laughs). I'd like to see young apprentice guitarists use their ears and imagination to build a personal way of playing. I don't believe in blueprints either. When you play a blueprint learned by heart from a magazine, you're just repeating yourself, and it leads nowhere, it's antimusical. Just be yourselves.

Q: Yet, you went to GIT with Eddie Van Halen to talk with the students?

AH: Actually, we didn't approach that event as a clinic. We simply played for the students as we would have in a club. Some organizers demand clinics from me. Sometimes a clinic is even an obligation to be able to play a concert. But with me, they're knocking on the wrong door. At a push, I'm willing to chat with people, exchange ideas, talk about how we feel about music; that can be informative and interesting. But I don't engage in any demonstrations. I made a video a few years ago. It's as frustrating as having to summarize a thick book in two minutes. I just show a few basic modes for approaching improvisation.

Q: Your playing is so complex. Did you really learn everything by yourself?

AH: The only teacher I had was my father, who played the piano. A large part of my inspiration comes from the records he played at home. He didn't play the guitar very well, but he had broad harmonic knowledge, which helped me a lot in one sense: seeing him play good music with little technique on the instrument. In short, thanks to him, I discovered my own musical system, by accident.

Q: At the beginning, you wanted to be a saxophonist...

AH: Yes, it's true, but my parents weren't rich and couldn't afford a sax. As soon as I started listening to music, I was struck by this bizarre sensation that made me want to cry or laugh every time I put on a record. It was a very profound experience for me. Long before learning to read, I was addicted to music; I could never listen to enough of it. Besides, I didn't yet think I would become a musician or have any gift for it. I was just a music lover. From there, my father tried to get me interested in the piano, but I didn't want that instrument. I like listening to the piano, but I'm not comfortable with that percussive touch. I need to bend the notes, to caress them, to make them vibrate, like a brass instrument or a violin. I wanted a sax. Finally, he found me an old, very cheap acoustic guitar. But it was like the piano: I played a note and it died instantly. I didn't do anything until I was 16. Then I got my hands on a book of scales and chords, and I started tinkering. Quickly, I felt a deep attraction for dominant chords, which offer many possibilities. I also noticed that two different chords sometimes corresponded to the same position on the guitar, to the same notes. I started building my system by grouping chords into families of sounds, of colors. This chord is red, and that one is blue. If I'm asked to play an A Maj7, I might play a bizarro voicing of Bm7. But the sonority will be good and diatonically correct. As long as you hear the tonic, it will be correct. Then I learned all the scales to have a maximum of possibilities. I considered the fretboard as a mathematical graph to list modes as numbers. Once I had assimilated all the permutations, I chose the ones that would really serve me, relative to their harmonic potential. And given the infinite number of possibilities, I knew I would have enough to learn for the rest of my life.

Q: But your musical universe isn't just limited to that, surely.

AH: No, fortunately. It's just a safety net, and something that helps me understand music. But when I compose or play, there is only one thing that matters: what I feel. I do what my heart dictates.

Q: Have you tried to imitate the phrasing of saxophonists?

AH: Not deliberately. It happened in my subconscious. I always tried to play smoothly by articulating the notes and avoiding percussive playing. I like percussion, but after a while, I need lyricism. I'm like that. The music I hear is almost liquid. For that, I worked very hard on legato playing. My goal was for my hammer-on notes to sound more powerfully than those attacked with a pick. Now I can play with both techniques. I mix them and it's almost impossible to say what is attacked and what isn't. My legato is so powerful that I can play a phrase using hammer-ons solely with my left hand, and it will sound almost attacked. And I have all the intermediate nuances at my disposal.

Q: Some of your notes don't have an attack; do you do that with a volume pedal?

AH: No, I make that effect with my fingers. I use a volume pedal for chord playing to create pad effects, but never in solos.

Q: How do you get that extremely smooth overdrive?

AH: (Laughs) It's very difficult. The trick is that I hate distortion to begin with, but it's the only way for me to get sustain. It's a real tragedy. The dilemma is this: I need enough gain to be able to use the guitar expressively with longer notes, but not to the point of falling into the metallic side of things. If I push the gain too much, my playing becomes almost ridiculous. It's a very precise balance to find. I try to make distortion "friendly". For example, I hate power-chords. Or else I play them just to mess around, like in the track Wardenclyffe Tower. In addition, I use a baritone guitar, which produces that very low and almost industrial sound. In fact, this track refers to a power-generating tower. But the music evolves afterwards... and fortunately...

Q: You don't like distortion out of a reaction against rock 'n' roll?

AH: No. Not at all. It's just that I don't like that sonority. I fight a daily battle to improve my technique, to learn to mute the strings more effectively, to make my playing as clean and intelligible as possible. I don't want to hear anything between the notes. Unwanted noises caused by distortion exasperate me to the highest degree. It takes a very long time to learn to control that sound. The worst is in acoustic contexts. For The Sixteen Men Of Tain, it was a huge challenge to manage to blend into the band's sound naturally. I'm quite satisfied with the result, which is rather original. As for rock, I appreciate people like Beck or Hendrix. In fact, I had first fallen for Django and Charlie Christian, but they were too good for me to imitate them. With Clapton, it was definitely easier (laughs).

Q: How do you get this distortion?

AH: Only with amps. Pedals produce a really ugly and antimusical overdrive. It's stiff as if the wave were square. I might use a boost pedal to raise the amp's sound a bit. Nothing replaces a good amp head. I built myself a box that I named a "load box". The speaker output is connected to this box. The signal then goes through a power-amp modulator and then into another very clean power amp that allows me to modulate the volume to play very quietly. Finally, this chain hits the speaker cabinets. I usually use a Mesa/Boogie Dual Rectifier head, but for this record, I used a custom Japanese preamp, the DJ80. I plug two of them in to play in stereo. This amp is solid-state and includes a digital circuit. The advantage of this equipment is that I no longer need to plug in my "load box".

Q: Don't you miss the warmth of tubes?

AH: My philosophy is that there are only good and bad amps. I've heard very good tube amps and others that were execrable. I have no prejudice against solid-state amps. What matters to me is getting the sound I want to hear.

Q: Do you still listen to a lot of music?

AH: Practically no longer. I go out to see concerts, but I no longer buy records. In recent years, I've been feeling something weird. I realize that I've already wasted a lot of time and that I need to focus solely on my music. I'm not that young anymore, and some of my friends have died, like Tony Williams, who still had so much to contribute. That made me think. So I think I no longer have time to waste listening to tons of music, because my head is full of it. When I was younger, I was like a sponge, absorbing everything I listened to. I now want to work harder, record more records, and promote them better.

Q: You're good buddies with Eddie Van Halen. What do you think of his playing?

AH: I love it. Ed is a great rock 'n' roll guitarist, very organic, very warm. He's one of those natural musicians who always get a very beautiful sound. I think in his category, he has never been surpassed.

Q: Have you ever imagined a joint project?

AH: No. He's really a very classy guy. He did everything to help me. He invited the vice-president of Warner Bros to one of my concerts. And I got signed. Can you imagine? That guy got me a contract with Warner! It's a very generous attitude. But the dream quickly turned into a nightmare. The people at Warner wanted to force me to make concessions that I didn't want to make. Ted Templeman (the vice-president in question, ed.) didn't like Paul Williams (?????), one of the members of my band. He would take anyone, but not him. I had this guy on the phone who gave me the most absurd speech I've ever been given, judging a musician's performance over the telephone. Coming from a so-called great producer, that's serious. I didn't have a say in the mixing. Templeman gave his instructions to the engineer. It deeply annoyed me. I redid the mix with Paul Williams' tracks the way I heard it. When Templeman heard the tapes, he told me: "You're fired" (laughs). But it's not Eddie's fault, I...

Q: You could sell your records yourself on the Internet.

AH: Yes, I could. But you know, this Internet thing tends to drive me crazy. I think this thing is way overrated by people. I see nothing positive in it, and I even think it's a dangerous and bad tool. I don't even have a computer at home, so I'm not likely to buy a record on the web! (laughs). I prefer to go to my local record dealer and dig through the bins. A lot of musicians like that.

Q: Yet, it's a way for small musicians to sell their music without being ripped off by major labels.

AH: Yes, maybe. For me, it's the latest trendy thing like the music video a few years ago. It's just a way for the show-business world to make even more dough.


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